Journal le Lavalois

Le sable, inépuisable... Vraiment ?

Le sable, inépuisable... Vraiment ?

D’où vient le sable?

 

Chaque grain de sable présent sur une plage est le fruit d’un long processus. D’abord, l’effritement d’une roche sur la terre ferme, causé par le vent, la glace et l’eau, puis des millions d’années pour que ces grains de sable traversent les cours d’eau pour se rendre jusqu’à l’océan. Mais 25 à 50 % de ces réserves seront bloquées par différents barrages (845 000) qui obstruent les cours d’eau du monde.

Usages multiples

 

Le sable arrive en 3e position des ressources les plus utilisées, après l’air et l’eau. Il représente environ 200 utilisations quotidiennes, allant de la filtration de l’eau à la fabrication de microprocesseurs entrant dans la composition de nos produits de haute technologie. Le sable est aussi transformé en verre. 

Le sable se cache aussi dans des produits beaucoup plus inattendus. Parce qu’il est source de dioxyde de silicium, on trouve aussi du sable dans le vin, le papier, le dentifrice, les abrasifs pour déglacer et construire les routes, sert de filtre pour le traitement de l’eau, les fosses septiques, etc.

Là où le sable est vital, c’est bien pour le secteur du bâtiment. Le sable et les granulats forment la matière première du béton que l’on trouve dans quasiment tout type de construction. Parce que son coût de production est relativement bas et qu’il présente des qualités inégalables, le béton armé est le matériau dominant à l’échelle planétaire. Le sable est présent dans les 2/3 des constructions du monde entier. Hors, le béton armé est composé de 2/3 de sable et d’1/3 de ciment.

Quantité annuelle requise

 

  • Dans le monde, en utilise 15 milliards de tonnes de sable par an. À part l’eau, aucune ressource n’est exploitée à ce point.
  • On extrait 75 millions de tonnes de sable marin des plages du monde entier.
  • Pour construire un hôpital, ce sont 3 000 tonnes de sable qui sont utilisées.
  • Pour construire une autoroute, 30 000 tonnes de sable sont englouties à chaque kilomètre et 12 millions de tonnes pour une centrale nucléaire.

D’où provient ce sable?

 

Quand les dragues viennent pomper le sable au fond de l’eau, elles engloutissent une matière qui a mis des dizaines voire des centaines de milliers d’années à se constituer.

La destruction de l’habitat naturel des organismes situés au plus bas de la chaîne alimentaire entraîne leur disparition, ce qui affecte tous les maillons situés au-dessus. Tous les poissons meurent faute de nourriture : c’est donc la survie de toute espèce qui dépend du sable. La biodiversité est menacée, engendrant des conséquences directes sur les hommes. En effet, 92 % du poisson consommé en Indonésie provient de la pêche artisanale. Avec la destruction des fonds marin, ce sont les ressources de milliers de familles qui sont elles aussi détruites.

En exploitant à outrance le sable, c’est tout l’équilibre naturel qui est perturbé. Le pompage du sable marin crée un vide que la nature comble rapidement par les actions combinées du vent et des vagues. C’est alors le sable des plages et des îles voisines qui vient combler les gigantesques trous. On assiste à un phénomène global d’érosion des plages : 75 à 90 % des plages du monde reculent, avec une tendance qui s’accélère. En Floride par exemple, 9 plages sur 10 sont en voie de disparition. Les plages de Virginia Beach ont dû être restaurées plus de 50 fois. Parfois, ce sont des îles entières qui disparaissent. L’Indonésie a vendu des milliards de tonnes de sable à son voisin Singapour qui construit à vitesse grand V. Résultat : 25 îles de l’archipel indonésien volatilisées.

Marché énorme, l’industrie du granulat se porte comme un charme. Et pour cause : on aura toujours besoin de construire des bâtiments et des routes. La demande de sable ne cesse de croître. Parfois, c’est pour assouvir les pires excentricités. Dubaï en est un bel exemple.

D’où vient le sable utilisé?... Des déserts?

 

Il est impossible de construire une île artificielle avec du sable du désert car ses grains sont tout ronds et lisses à cause de l’action du vent, ce qui rend impossible toute agrégation. Le sable, pour être exploité dans une construction, doit présenter des angles afin de pouvoir s’agglomérer. 

D’où l’utilisation et la surexploitation du sable marin pour la construction, qui n’est en rien une ressource durable. De plus, ce sable doit être lavé avec de l’eau douce et il est bien souvent mal lavé. 

Il n’est donc pas débarrassé de son sodium présent dans l’eau de mer, ce qui rend les constructions vulnérables à la corrosion.

Une mafia du sable

 

Les Émirats ayant largement épuisé leurs stocks, doivent importer du sable. Ils font affaires avec l’Australie. L’exportation de sable aux pays du Moyen- Orient rapporte à l’Australie cinq milliards de dollars par an. L’industrie du sable brasse des milliards de dollars. Le marché est tellement gigantesque qu’il est gangrené par une véritable mafia.

Une industrie estimée à 70 milliards de dollars utilisant 15 milliards de tonnes de sable chaque année, souvent obtenues dans l’illégalité et menant à un véritable fiasco écologique. En Inde, le sable commercialement utilisable est si rare que les marchés sont dominés par les « mafias du sable », système valant 2,3 milliards de dollars américains. Bref, le sable illégal représenterait 40 à 45 % de la consommation mondiale.

Au Québec

 

Le Québec n’est pas prêt de manquer de sable. Plus de 86 millions de tonnes de gravier et de sable sont produites annuellement sur les 500 sites d’exploitation recensés de la province. Les chantiers de Montréal ne représentent qu’une petite fraction de ceux engendrés par le développement gigantesque en Asie et au Moyen-Orient.

Sources :

Revue FORCES, automne 2017, numéro 191, pages 36 à 39 par Paul Therrien

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