Journal le Lavalois

Madame Nadine Giguère, une infirmière qui a côtoyé la COVID-19

Madame Nadine Giguère, une infirmière qui a côtoyé la COVID-19

Madame Nadine Giguère, infirmière et résidante de Sainte-Brigitte-de-Laval, a vécu pendant un mois dans l’antre de la COVID-19 et elle a généreusement accepté de raconter l’expérience qu’elle a vécue.

Nadine travaille au CHSLD Champlain-des-Montagnes à Charlesbourg où elle occupe le poste d’assistante infirmière chef. L’établissement, qui accueille 96 personnes âgées non-autonomes, jouit d’une excellente réputation et n’a eu heureusement à déplorer aucun cas de COVID-19 grâce aux mesures préventives qui ont été mises en place dès le début de la pandémie.

Mais comment a-t-elle pu accepter d’aller dans un autre CHSLD dont son employeur, le groupe Champlain, est propriétaire, soit celui de Champlain-Marie-Victorin à Montréal où plus d’une centaine de résidants et plusieurs membres du personnel étaient en arrêt de travail et avaient contacté le virus.

Une personne de défis

Lorsque l’on regarde le parcours de Mme Giguère, on comprend facilement qu’elle n’a pas hésité à relever ce défi.

Une fois ses études complétées en 1993, la jeune infirmière doit dénicher un travail. Il faut se rappeler qu’à cette époque, on était loin d’être en pénurie de main-d’œuvre. Elle accepte donc de débuter sa carrière à Montréal où elle y travaillera durant six ans.

Le CHUL de Québec lui offre un poste, mais elle choisit plutôt d’aller travailler dans le nord de l’Ontario et, par la suite, sur la Basse Côte-Nord, à Pakuashipi et à Unamen-Shipu, deux villages habités majoritairement par des Innus. Un séjour de six ans qu’elle a adoré. « J’ai tout vécu sur le plan professionnel. Le médecin n’étant présent qu’une fois par mois, il fallait faire preuve d’initiative et se débrouiller avec les moyens du bord » souligne-t-elle. Nadine et sa collègue ont notamment dû procéder à des accouchements avant l’arrivée des paramédics.  

Dans les situations d’urgence, les patients devaient être évacués rapidement par avion, lorsque les conditions météorologiques le permettaient, vers les hôpitaux de Sept-Îles, Blanc-Sablon ou Goose Bay.
Cette expérience a aussi été très enrichissante au plan humain. « J’étais en pleine nature. À Pakuashipi, je devais traverser une rivière en chaloupe durant l’été et en motoneige l’hiver pour aller à l’épicerie ou au bureau de poste de la municipalité de Saint-Augustin » dit-elle. C’est d’ailleurs cette présence omniprésente de la nature qui l’amènera à s’établir à Sainte-Brigitte-de-Laval en mars 2013.

Durant son séjour à Unamen-Shipu, situé à 400 kilomètres au nord-est de Sept-Îles, elle s’implique concrètement en devenant propriétaire d’un cassse-croûte, d’un bar laitier et d’une maison. « Ce que je retiens surtout, ce sont les personnes attachantes que j’ai côtoyées. Je pouvais facilement les identifier en entendant le son de leur voix au téléphone » dit-elle.

En 2006, elle emménage à Repentigny pour travailler dans des CHSLD de Montréal. En 2009, elle débute comme coordonnatrice le soir dans des CHSLD du CIUSSS de Laval. En 2010, elle devient responsable à titre de coordonnatrice le soir d’un CHSLD, de la centrale d’Info-Santé et d’un CLSC.

C’est en 2012, que Nadine réintègre finalement la région de Québec au CHSLD Champlain-des-Montagnes.

Elle avait confié à son conjoint, M. Claude Saint-Laurent, qui occupe le poste de gérant au IGA Famille Rousseau de Sainte-Brigitte-de-Laval, que les poussées d’adrénaline qu’elle avait connues sur la Basse Côte-Nord lui manquaient. Elle n’a donc pas hésité à répondre à l’appel de son employeur qui demandait du renfort au CHSLD Champlain-Marie-Victorin.

De la mi-mai à la mi-juin 2020, elle a travaillé sans relâche auprès des personnes atteintes de la COVID-19.

Quand la sécurité devient une obsession

Visière, masque, blouse, gants, tout cet attirail est primordial lorsque l’on travaille, parfois jusqu’à 16 heures par jour, dans un environnement pandémique. « La sécurité devient une obsession, il faut y penser constamment, ne jamais baisser la garde » confie Nadine.

Durant son séjour à Montréal, elle habitait dans une chambre utilisée normalement par les artistes du Cirque du Soleil. Lorsqu’elle réintégrait son logement, elle devait immédiatement enlever ses vêtements pour les laver et prendre une douche. Il lui est arrivé une seule fois d’oublier de remettre sa visière qu’elle avait enlevée pour produire un rapport. Elle avait quitté précipitamment, par réflexe, sa chaise pour répondre à un appel d’urgence qui nécessitait une intervention immédiate, une question parfois de vie ou de mort pour un patient. Cet événement, dont elle se souvient bien, n’a heureusement eu aucune conséquence pour Nadine.

Côtoyer la mort

Elle a été témoin de décès notamment un épisode de trois en 24 heures. Elle était au téléphone pour donner des nouvelles encourageantes à la famille sur l’état de santé de leur mère. Elle prenait du mieux et s’était même assise dans un fauteuil pour regarder la télévision. Vingt minutes plus tard, la patiente était dans le coma et son décès est survenu six heures plus tard, le virus avait insidieusement fait son œuvre. Elle comprend bien la douleur que peuvent ressentir, non seulement les proches de la victime, mais aussi les membres du personnel du CHSLD. « On s’attache facilement à ces personnes que l’on côtoie quotidiennement » souligne-t-elle.

À la mi-juin, elle était enfin de retour à Québec après avoir subi un test négatif à la COVID-19.

Pour la minorité de personnes qui prennent à la légère les mesures d’hygiène et de sécurité, Nadine croit que vivre une seule journée dans un environnement où les personnes atteintes de la COVID-19 souffrent et décèdent, les convaincraient d’être vigilants et d’appliquer rigoureusement les mesures recommandées.

Lorsque je lui souligne mon admiration, elle répond simplement qu’elle n’a fait que son travail. Elle refuse systématiquement qu’on lui accole l’étiquette d’héroïne. « Je n’ai pas plus de mérite que la personne qui effectue quotidiennement son travail dans n’importe quelle entreprise » souligne-t-elle.

Je me permets toutefois de faire un accroc à sa modestie en soulignant toute la reconnaissance que l’on doit lui accorder ainsi qu’à tous ses collègues du milieu hospitalier.

Merci Nadine!
 

Publicités