Journal le Lavalois

Mines de fer versus résidus et environnement...

Mines de fer versus résidus et environnement...

La mine de fer du lac Bloom, exploitée par Minerai de fer Québec (MFQ), est située à 13 km de la municipalité de Fermont. Elle a été rachetée en 2016 avec l’aide d’Investissement Québec après l’arrêt de production de Cliffs Natural Resources. L’entreprise a enregistré des revenus de 785 millions de dollars en 2019.

Avec la découverte de nouvelles réserves exploitables et l’extension autorisée de la fosse en 2012, l’initiateur du projet souhaite augmenter la capacité d’entreposage des résidus et des stériles miniers afin de poursuivre l’exploitation de la mine jusqu’en 2040.

La construction des infrastructures permettrait de presque doubler la production annuelle en donnant 15 millions de tonnes (Mt) de concentré de fer.

Quantité prévisible de résidus miniers

Pour la durée de vie de cette mine, Minerai de fer Québec (MFQ) prévoit des besoins d’entreposage des  résidus totaux de 1,3 milliard de tonnes, dont 872 millions de tonnes qui devront être stockées dans de nouveaux sites situés près de la fosse de la mine.

L’espace terrestre disponible est insuffisant. Des lacs, des ruisseaux, des milieux humides ainsi que des zones boisées devront donc être détruits afin de stocker tous les résidus.

Étude d’impact proposée par la MFQ

MFQ a présenté une étude d’impact qui a été déposée au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) en 2019 et qui compte environ 5 000 pages.

Les résidus et les stériles miniers seraient entreposés à la fois dans les infrastructures actuelles et dans celles projetées. Des agrandissements comprenant une superficie additionnelle d’entreposage pour environ 872 millions de tonnes sont proposés.

La construction de nouvelles digues et de nouveaux bassins serait également nécessaire afin de pouvoir contenir l’eau, qui serait ensuite traitée avant d’être rejetée dans le milieu récepteur.

Selon l’étude d’impact, le projet aurait des impacts sur la qualité de l’air notamment par l’émission de poussières et de gaz à effet de serre. MFQ propose d’utiliser, au besoin, un abat-poussière sur les voies de circulation pour accéder aux sites à aménager.
Comme les phases de construction et d’exploitation généreraient une augmentation du niveau de bruit en périphérie de la zone des travaux, il est prévu de mettre en place un système de suivi des plaintes.

Les parcs à résidus et les haldes à stériles seraient revégétalisées progressivement. Le régime hydrologique et la qualité de l’eau de surface seraient également altérés par le projet. Le rétablissement des écoulements temporairement perturbés serait réalisé progressivement afin d’éviter les variations brusques de débit.

Selon cette étude, 160 milieux humides au total seront « affectés » par le projet, ainsi que 35 plans et cours d’eau, dont 16 lacs. Plusieurs de ces lacs « abritent des communautés de poissons diversifiées »

Pour le milieu biologique, la modification et la destruction d’habitats propices à la faune vivant à proximité des lacs et cours d’eau, aux poissons, aux reptiles et aux amphibiens, aux oiseaux, ainsi qu’à certains mammifères, dont le caribou forestier, sont prévues.

Les mesures d’atténuation proposées sont, entre autres, de transférer les poissons vers un plan d’eau qui ne sera pas affecté par le projet, d’effectuer les travaux en dehors de la période de nidification des oiseaux et de mettre en œuvre un plan d’action en cas de présence d’un caribou à proximité de la mine. Des plans de compensation pour les pertes d’habitats du poisson et de milieux humides seraient également élaborés par MFQ.

Ce projet permettrait de créer 375 nouveaux emplois, en plus de consolider 500 postes permanents. Pour combler les nouveaux emplois, MFQ prioriserait l’embauche de travailleurs et d’entreprises de Fermont, des communautés innues de Uashat mak Mani-Utenam et de Matimekush – Lac-John ainsi que de la région de la Côte-Nord.
 
Les travaux de construction des nouvelles infra-structures débuteraient en 2021 et le coût du projet est d’environ 50 M $. En période d’exploitation, les coûts sont estimés à 621 M $ et les coûts de fermeture à 100 M $. La durée de vie de la mine du lac Bloom est estimée à 20 ans (2020 à 2040).

Séance publique d’information

Cette étude d’impact a fait l’objet d’une « séance publique d’information » du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) qui s’est tenue uniquement de façon virtuelle, le 29 juillet dernier.

Pour joindre l’équipe du BAPE: mine-lac-bloom@bape.gouv.qc.ca

Dans le journal Le Devoir du 8 août, à la page A 4, Simon Roberge en a fait un résumé: Le BAPE fait d’abord des recommandations au sujet des conditions de travail pour les ouvriers.

Le BAPE croit que l’approche adoptée par le MELCC qui consiste à décontaminer petit à petit toute la région pour avoir des sols propres devrait s’ajuster à la concentration d’amiante locale, ce qui pourrait être admis comme remblai. Il faudrait donc commencer par établir la concentration locale en amiante.

Consultation publique à venir

Les citoyens ont jusqu’au 24 août pour exiger une « consultation publique ».

Compensation

En vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement, le gouvernement devra « déterminer si une compensation financière est exigible ou si elle peut être remplacée en tout ou en partie par l’exécution de travaux visant la restauration ou la création de milieux humides et hydriques ». Mais aucune « recommandation » n’a encore été formulée. Cela devrait être fait au terme de l’« analyse environnementale ».

Une autre minière existe près de Fermont

En 2018, Québec a autorisé la minière ArcelorMittal à augmenter la superficie de son parc de résidus miniers, dans la région de Fermont, pour stocker 825 millions de tonnes de résidus d’ici 2045, pour un total de 1318 millions de tonnes entre 2014 et 2045.

Dans son rapport, le BAPE précisait que ce projet entraînera « la destruction de 11 lacs, 15 étangs et 25 ruisseaux » ainsi qu’une perte d’habitat de 11,2 km2 pour la faune terrestre. La minière a donc prévu un programme de « restauration » pour compenser la perte de milieux naturels.

Références:

1.    bape.gouv.qc.ca/fr/dossiers/projet-augment-entrepos-residus-steriles-mine-lac-bloom/
2.   www.ledevoir.com/societe/environnement/582906/des-lacs-sacrifies-pour-stocker-des-residus-miniers
 (par Alexandre Shields - 23 juillet 2020-  Le Devoir)

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