Journal le Lavalois

Gabriel Corbin Rousseau,

Gabriel Corbin Rousseau,

Une centaine de bornes-fontaines de notre ville ont subi une cure de rajeunissement grâce au travail effectué par un jeune homme de 16 ans, Gabriel Corbin Rousseau. De la fin juin à la mi-août, il a travaillé patiemment 40 heures/semaine à sabler les bornes-fontaines avant de les peinturer. Pour des raisons de sécurité, il devait porter des pantalons longs. La chaleur l’a parfois incommodé, mais il ne s’en plaint pas car il adorait son travail.

C’était la deuxième année que Gabriel occupait un emploi d’été à la ville de Sainte-Brigitte-de-Laval. L’année dernière, il a notamment fait de l’horticulture et de la signalisation. L’emploi occupé par Gabriel a ceci de particulier; il est le fruit d’une collaboration entre les centres jeunesse, l’Union des municipalités du Québec et la Fondation du groupe de musique québécois Simple Plan. L’objectif : aider des jeunes qui ont eu un parcours de vie difficile à mieux s’intégrer dans la société.

Une enfance perturbée

Gabriel ne l’a pas eu facile. Pris en charge par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) en très bas âge (il n’avait pas encore deux ans), il vivra l’univers des familles d’accueil. Éprouvant des problèmes de comportement, il est constamment déplacé jusqu’à ce qu’il atteigne l’âge de 8 ans. Combien de familles d’accueil ? Gabriel ne peut répondre de façon exacte à cette question. Il ne connaît pas le nombre précis de familles où il a été accueilli, mais il avance un chiffre : une vingtaine. Vous avez bien lu, l’enfant a connu une vingtaine d’environnements familiaux en l’espace de quelques années..

Gabriel a connu une vingtaine de familles d’accueil en quelques années.

À 8 ans, on le retrouve dans une maison d’hébergement qui offre des services de réadaptation pour les jeunes en difficulté. Ceux qui vivent dans la maison bénéficient d’un encadrement qui leur offre un milieu de vie pour se développer en fonction de leurs besoins.

À l’âge de 12 ans, le moment est venu pour Gabriel de réintégrer une famille d’accueil de Sainte-Brigitte-de-Laval. La transition se fait graduellement. Durant la semaine, il étudie dans un pensionnat et la fin de semaine, il vit dans sa nouvelle famille d’accueil. Quatre ans plus tard, les choses vont bien pour lui, il est à l’aise avec sa famille d’accueil et il entreprendra bientôt ses études de 5e secondaire.

Une résilience à toute épreuve

On définit la résilience comme étant la capacité à résister aux épreuves de la vie.

Gabriel a vécu plusieurs expériences difficiles dans sa jeune vie. Des personnes ayant une grande importance pour lui ont disparu ou sont sur le point de disparaître. 

Il évoque une dame responsable de sessions d’équithérapie, une expérience équestre favorisant l’épanouissement affectif, cognitif, physique, psychologique et social. La dame s’éprend d’affection pour le jeune homme et l’éventualité de l’accueillir dans sa famille est sérieusement envisagée. Mais, elle est décédée en mai dernier, un dur coup pour un jeune homme fragilisé par la vie. 

Durant de nombreuses années, il n’a pas de contact avec son père biologique. Il recommence à le voir une fois tous les quatre mois, les choses vont bien et les rencontres sont plus fréquentes. Il y a quelques mois, il apprend une mauvaise nouvelle, son père souffre d’un cancer des poumons et Il n’a plus que quelques mois voire, quelques semaines à vivre.

Comment Gabriel arrive-t-il  à supporter toutes ces épreuves? 

Il a appris à se connaître, à gérer ses émotions et quand la pression est trop lourde, il réussit à évacuer son stress en faisant de la planche à roulettes au skateparc de notre ville et de la planche à neige durant la saison hivernale. Il a d’ailleurs remporté la compétition de skate qui a eu lieu récemment à SBDL. 

À la pratique de ces activités sportives, s’ajoute un côté artistique. La musique occupe une place importante dans sa vie. Il a suivi des cours de piano et de guitare. « Je m’amuse beaucoup avec mes guitares, je perfectionne mes accords » dit-il.

Aider les autres

Beaucoup de personnes ont aidé Gabriel, c’est probablement ce qui l’a incité à en faire autant avec des jeunes qui vivent dans des conditions épouvantables.

À 14 ans, dans le cadre d’un programme scolaire, il fait un séjour au Guatemala à la Fondation Hogan 

Shalom parrainée par le Centre Amitié de Solidarité Internationale des Appalaches (CASIRA). L’orphelinat, qui vient en aide aux enfants de la rue abandonnés, maltraités, violentés, pauvres, offre le gîte et nourriture à quelque 25 enfants et comprend aussi une école fréquentée par 300 jeunes. Il y retournera un an plus tard pour effectuer des travaux de construction et d’horticulture.

« C’est une expérience que je n’oublierai jamais et je veux y retourner pour continuer à aider les jeunes guatémaltais » souligne-t-il.

L’avenir

Gabriel reconnaît vivre au jour le jour. À 16 ans, il a vécu des expériences difficiles que bien peu de personnes vivront durant toute leur vie. Comment réussit-il à ne pas lâcher prise?

« À quoi, ça servirait de tout laisser tomber, il y a trop de personnes qui m’ont aidé, j’ai tellement fait de progrès que ne je peux plus lâcher » dit-il.

Ce que je retiens de mon entrevue avec Gabriel, c’est à la fois la volonté, le courage et la résilience dont il a fait preuve. Mais, c’est aussi l’engagement et la qualité du travail des personnes qui s’occupent des enfants qui n’ont pas eu la chance de vivre dans un environnement familial équilibré. 

On met facilement et rapidement les lacunes de notre système à la une, les nouvelles à sensation ont malheureusement toujours préséance sur les choses qui vont bien.

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